Chapitre
II de ses Carnets de Voyage intitulés :
"Mille
et un vers pour rappeler la gloire de la gent féminine
en nos contrées"

(...)
Les steppes du
Koshan, recouvertes de glace,
Sont un pays barbare où règnent des tribus
Dont les chefs ténébreux ont bien des attributs,
Mais nul n'a égalé Miranda-la-Tenace.
Cette splendide
femme avait pour seul amant
Un très gros fléau d'armes aux pointes de diamant...
Experte au tir à l'arc, elle avait sacrifié
Sans peine un de ses seins, pour mieux pouvoir tirer.
C'était
une amazone à nulle autre pareille,
Une meneuse d'hommes... et beaucoup la craignaient.
Mais pour cette diablesse aucun Seigneur n'avait
Assez de gloire ou d'or, ni assez de merveilles :
Elle restait solitaire,
à toujours guerroyer,
Préférant à la chair les plaisirs du
charnier.
Pourtant nombreux sont ceux qui étaient fascinés
Et qui, pour un baiser, se seraient bien damnés!
Un jour un étranger
traversant la région
Aperçu Miranda galopant dans la plaine;
Son sang ne fit qu'un tour : tombant en pâmoison
Il remercia les Dieux d'avoir eu cette aubaine.
L'étranger
étant Roi, d'un bien lointain pays,
Il se dit en lui-même : "elle sera ma reine".
Il partit en lançant sa bête à perdre
haleine,
Voyant déjà la belle avec lui dans un lit!
Miranda l'avait
vu, et elle s'arrêta.
Non qu'elle veuille parler, plutôt qu'elle espérât
En guise de hors-d'oeuvre, et vu l'heure avancée,
Une bonne bagarre avant le déjeuner.
Mais elle resta
coite en voyant ce Seigneur
L'aborder galamment, lui faire les honneurs.
Elle fit la jouvencelle, écoutant poliment
Le valeureux guerrier au sourire charmant.
"Madame,
ô, ma beauté! Lorsque je vous ai vus
Je sentis un éclair me passer par le corps!
Jamais, au grand jamais, je n'avais aperçu
Un être plus gracieux, un si superbe corps!"
"Et bien,
Seigneur, sachez que je préfère encore
A tous vos boniments des preuves plus tangibles...
Et ce que j'aime, moi, ce sont les hommes forts
Qui commandent aux armées! Pas les lettrés pénibles..."
"Mais je
suis un guerrier, vous pouvez bien me croire
En mon pays les gens chantent partout ma gloire!
Et si ce sont des preuves que vous désirez
Laissez-moi vous montrer combien vous me plaisez!"
"Si vous
réfléchissiez, vous seriez moins hâtif...
Connaissez vous les moeurs qui ont cours par ici?
Les prétendants, chez nous, ont pour seul objectif
D'accaparer leur proie, sans le moindre souci,
Quitte à
être violent... C'est donc sur le terrain
Que l'on se fait la cour ; et c'est des coups de poings
Qui remplacent pour nous les petits mots d'amour.
En guise de présent, on s'efforce toujours
D'offrir à
son aimée quelques crânes ennemis.
Le but étant, au fond, de prouver sa valeur
En démontrant à tous qu'on est vraiment un tueur...
Vous pouvez essayer, si vous avez envie!
Mais je dois encor'
dire, avant de commencer,
Que je suis aguerrie à l'art des joutes armées
Et tous mes prétendants, les ai fait débander
A coups de fléau d'armes, avec soin ajustés!"
Sur ce, le Sieur
vaillant sembla se trouver mal
Son orgueil désenfla, ainsi que son moral,
Il prétexta, penaud, qu'il n'allait pas très
bien,
Et cinq minutes après il était déjà
loin!
(...)

NOTE
: un peu de vocabulaire... Débander : (de bande, troupe).
Litt. Disperser, rompre les rangs d'une troupe.