Extrait
des archives de la Grande Bibliothèque du Dragon, Tan
Ystrel.
Livre
Trois (de ses oeuvres complètes) intitulé :
"Des suites de la Guerre des Dieux"

(...)
Peu après
que les Dieux eurent quitté la terre
Abandonnant aux hommes un monde dévasté,
On vit naïtre des cendres une horde guerrière
Composée de barbares, mages, chevaliers...
Tous voulaient
le pouvoir, une couronne, ou l'or,
Etant prêts pour cela à payer de leurs corps
Quitte à trahir, sans remord, un ancien ami.
(Les Dieux partis, plus de risque d'être maudit)
Certains de ces
Seigneurs étaient en vérité
De simples soldats voyant l'opportunité
Dans ce méli-mélo d'intrigues et de complots
D'accéder à un poste un tant soit peu plus haut...
Ainsi m'en vais
conter cette légende antique
D'un petit marchand à l'allure pathétique
Qui pourtant se hissa au sommet d'un Royaume
Grâce au don qu'il eut pour manipuler les hommes.
Son premier coup
d'éclat fut de départager
Deux robustes guerriers se battant à mains nues
Pour un tas d'or, que chacun d'eux revendiquait.
Mais la lutte durait, elle n'avait pas d'issue.
Notre marchand,
habile, leur vendit deux épées
Puis partit avec l'or, les laissant s'entretuer.
Se sentant donc l'âme et le coeur d'un homme sûr
Il quitta son village, courant vers l'aventure.
Dans un bois reculé,
des brigands le coincèrent
Et face à eux notre homme se sentit perdu...
Il vît même sa mort, l'espace d'un éclair,
Mais une idée lui vînt, qui aussitôt lui
plu.
"Holà!"
fit un voleur, "seriez-vous généreux?
Mes camarades et moi avons le ventre creux :
Nul butin de chasse inscrit sur notre menu...
Aussi un peu d'argent serait le bienvenu!"
Le marchand écouta
mais lorsqu'il répondit
C'est à un autre gueux que ses mots s'adressèrent.
Il en choisit un grand, l'air un peu abruti,
Servant son boniment comme on sert un dessert :
"Holà
homme des bois, que votre allure est fière!
Vous devez être Chef, avec un tel panache!
Car par les Dieux jamais je n'ai vu si bravache,
Si fort et si beau que vous, sur la terre entière!"
La stupeur s'abattit
sur la petite troupe
Qui voyait son vrai chef tourné en dérision...
Celui-ci se fâcha, et il sortit du groupe
Dans le but évident d'imposer sa raison :
"C'est MOI
le Chef ici! Et nul autre que moi!
Seriez-vous mal-voyant pour ne pas voir cela?
Je vous ai demandé de déposer l'argent,
Je vais me fâcher ! Faites-le maintenant!"
"Ah bon"
dit le marchand, "pourtant cet homme-ci
M'a l'air bien mieux bâti, m'a l'air plus sage aussi...
Non, vraiment, désolé... mais je ne peux vous
croire!
Un homme comme lui est taillé pour la gloire!"
"Mais c'est
un bouseux! Et il est à ma botte!"
Explosa le chef. Mais le bouseux en question
N'apprécia pas la pique, et il sembla grognon :
"Un bouseux, chef? C'est vrai... Mais en matière
de botte
Laissez-moi vous
montrer la mienne de plus près!"
Sitôt dit, sitôt fait : le coup de pied partit
Et le chef orgueilleux fut bientôt expédié
A dix mètres de là par le grand abruti!
La rixe s'engagea
et chacun prit parti
Pour le chef ou pour l'autre, en deux clans ennemis.
Le marchand rigola de sa ruse sournoise
Et il se garda bien de leur chercher des noises.
En homme fort
constant, il prit, avant de fuir
Le temps de dérober quelques bourses égarées.
Que devînt ce marchand, aux talents avérés?
Sa malice amplifia, ne cessant de grandir...
A l'âge
de sagesse, il fut le premier Roi
D'un royaume des mers, où l'argent est la loi,
Un pays de marchands, qui aujourd'hui s'appelle
Du doux nom de "Lugonia, le Royarchipel".
(...)

Extrait
des archives de la Grande Bibliothèque du Dragon, Tan
Ystrel.
Chant
VI ème (de ses Chansons de Geste), intitulé
:
"Le destin singulier du Baron Galway"
(...)
Lorsqu'il vit,
un par un, tomber tous ses fidèles
Sous les coups redoublés d'une armée meurtrière,
Ce fut un verdict sans appel ;
Galway, le fier Seigneur de Guerre,
Comprit :
Ce n'était plus la peine d'espérer encor'
Que des forêts lugubres jaillisse un renfort,
Cette lutte était terminée
Et son rêve, sa destinée,
Finis.
Un silence se
fit en son esprit fougueux
Quand il réalisa la cause de sa chute;
Là-bas, dressé sur une butte,
Il vit "celui-qui-parle-aux-Dieux" :
Roman.
Comment vaincre un tel être, qui a pour alliées
Des puissances infinies, qu'on ne peut soupçonner?
Roman de Nemo était là,
A lui seul valant vingt soldats,
Puissant.
Galway ne pouvait
croire à cette apparition,
La présence en ces lieux de son pire ennemi
Echappait même à la raison;
On le croyait très loin d'ici,
Ailleurs.
Et pourtant il fallu se rendre à l'évidence
:
Roman était là, fier, dans toute se démence!
... Galway n'était pas un peureux,
Plutôt l'un des plus courageux
Seigneurs,
Mais son coeur
se serra, et ses doigts se crispèrent
Quand vînt à sonner l'heure du dernier assaut.
Comme un homme qui désespère,
Il lança sa bête au galop,
Vaillant!
Sa furie l'emporta, il trancha bien des têtes,
Mais il n'est pas d'homme au monde que rien n'arrête...
Mis à terre et laissé pour mort,
Il gisait, au milieu des coprs,
Perdant.
Près de
deux compagnons, sur le champ de bataille,
Galway fit un long rêve, il vit son avenir
Fermé. Sans y trouver de faille...
Juste avant de s'évanouir
Soudain.
De longues heures après, lorsque les fossoyeurs
Vinrent parmi les corps accomplir leur labeur,
Il n'avait pas bougé d'un pouce,
Là, allongé dans l'herbe douce,
Eteint.
Or, il advînt
pourtant ce fait extraordinaire :
Galway ne mourut pas! Il fut donc capturé
Avec les autres rescapés,
Menés dans des geôles de guerre,
Bafoués.
Si l'ennemi avait deviné sa présence
Au sein des prisonniers, il eut été tué.
Mais une fois encor' la chance
A la mort le fit échapper :
Sauvé!
Par quel étrange
fait cette chose arriva
Qu'on le laissât en vie, comme un simple soldat?
C'est une blessure au visage
Qui cacha ses traits et son âge
Aux gens.
Cette large balafre avait défiguré
Celui qui autrement aurait été trouvé
Et puis sans doute torturé,
Si quelqu'un avait pu prouver
Son rang.
Galway, méconnaissable,
eut alors la vie sauve
Et dès qu'il fut remis il chercha un moyen
D'arriver à briser les liens
De cette cage; tel un fauve
Captif.
Ce fut assez aisé pour un homme si fort
De fuir. Sans gloire alors, n'ayant que du remord,
Il rentra, triste, vers ses terres,
Résolu à quitter la guerre,
Pensif.
Las des combats,
usé, il se fit la promesse,
Sur les restes encor' chauds de ses amis tombés,
De bâtir un Royaume en paix
Basé sur l'ordre et la noblesse,
Puissant.
S'inspirant du Phénix, il fit naître des cendres
Une cité nouvelle, une place à défendre
Un beau pays, loyal et droit
Pays sur lequel il régna
Longtemps.
(...)