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Heroes of might and magic 4 sur Archangel Castle : Informations, cartes (maps), downloads, patches, ligue, et tout en francais !


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Chapitre 4
Sangji

 

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Dès le lendemain de son arrivée au palais, Angus se rendit dans la Bibliothèque Royale. Finalement, Louzin n'aurait pu trouver meilleure solution pour passer inaperçu, songea le jeune homme. Effectivement, les mesures de sécurité avaient été renforcées, et leur plan initial n'aurait probablement jamais fonctionné.
Assisté par Ouji, le bibliothécaire de la reine et un vieil ami de la famille, Angus chercha de longues heures dans les plus vielles archives. La tâche était éprouvante, d'autant plus que la présence de Louzin devenait plus pesante que jamais. Le vieil homme était dans son domaine, et il le faisait savoir…
Finalement, ils trouvèrent ce qu'ils cherchaient. Dans une petite pièce qui n'avait pas dû être ouverte depuis quelques décennies, reposaient des rayonnages entiers d'ouvrages qui pour une raison où une autre, avaient dû être placés à l'écart. Parmi eux, l'ensemble des volumes relatant en détail la Guerre des Dieux, pour la plupart des copies des annales de la Grande Bibliothèque de Tan-Ystrel, la légendaire ''Bibliothèque du Dragon'', là où tout avait commencé...
Le secret qui liait Angus et son père avait été confié à Ouji car celui-ci savait depuis longtemps que le prince n'avait jamais eu un grand amour pour les livres et qu'il était bien incapable de déchiffrer les manuscrits en langues anciennes. Lors des longues heures de travail, Angus laissait Louzin dominer son esprit et diriger son corps. Il éprouvait un grand ennui mais finalement il apprenait aussi beaucoup, plus qu'il n'avait jamais appris avec son précepteur.
Les détails de la relation entre Roman de Némo, Gardien de la Bibliothèque du Dragon et la déesse Elisia le troublèrent. Jamais il n'avait imaginé que Roman avait été bien plus qu'un prêtre ou le premier grand inquisiteur. Roman avait aimé la Déesse comme si elle avait été femme. Elle n'avait pas véritablement pris chair mais avait pris l'ascendant sur certaines prêtresses pour qu'il puisse vivre cet amour physiquement. La Déesse n'accorda cette faveur à aucun autre homme après lui. En fait, bien après la Guerre des Dieux certains d'entre eux avaient gardé beaucoup d'influence, comme s'ils n'étaient pas tous partis ou pas tout à fait. Mais leur discrétion les avait masqués aux yeux des hommes. Louzin était très tenté de voir dans les pluies inattendues le pouvoir de Garruck, dieu de l'Eau, de l'Est et du Chaos. Mais si c'était le cas, il était difficile de dire comment avait évolué les relations entre ce dieu et Elisia. Etait-il toujours attaché à elle? Comment avait-il vécu la relation entre Elisia et son grand prêtre? Cela ne se trouvait pas dans les livres car ce n'était pas une histoire d'hommes. Les textes mythologiques étaient eux-mêmes à prendre avec de grandes précautions car aucun homme, à part peut-être Roman de Némo n'avait été un témoin direct des querelles des Dieux et ces derniers les avaient souvent manipulés suivant leurs intérêts.

La présence de son fils à longueur de journée dans la bibliothèque royale finit par intriguer la Reine. Elle fit ainsi irruption, le troisième jour, dans le vieux salon qu'avaient investi Angus et Ouji. En levant les yeux vers sa mère Angus sentit un mélange d'anxiété et de fascination. Son père était comme un jouvenceau face à elle et ne put empêcher des flots de souvenirs romantiques et sensuels remonter à la surface. Ces souvenirs se mélangeaient à la crainte que Louzin avait gardée de devoir un jour affronter cette femme de nouveau. Il avait dû la quitter sans jamais lui révéler la raison de son départ. Elle était alors entrée dans une grande fureur. Elle s'était sentie trahie. Elle ne lui avait jamais rien caché et celui qu'elle avait accueilli comme son égal lui avait ouvertement signifié qu'il avait un secret pour elle. Sa rage était à la hauteur de sa passion pour Louzin. Probablement cette rage l'avait-elle empêchée de prendre un nouvel amant.
Louzin était lié au culte de Darielle, déesse de l'Ouest de la Terre et de l'Ordre, et l'usage de la pierre de Darielle impliquait le fait de ne jamais révéler ce qu'on y voyait. Il n'avait pu lui dire qu'il s'y était vu conduit vers la mort par son fils adulte. A l'adolescence de ce dernier, il avait fui ce terrible destin et les conflits qui l'opposaient aux Cinq de l'Ombre, lui ordonnant de ne le rejoindre dans les terres du Sud qu'en ultime recours. Son installation à Kerak, Angus l'apprit par un message que seul lui pouvait lire. Sa mésaventure au Cirque des Voix avait révélé à Louzin que ce n'était pas sa véritable mort qu'il avait vu dans la pierre...
L'érudit avait aussi l'impression d'être manipulé comme un pion sur un jeu d'échec. Le vol de la pierre et sa mort l'instant d'après avait permis à Elisia de s'approprier et son corps et son esprit. Son corps, il en avait la conviction, était conservé par Elisia au cœur de son sanctuaire dans le cirque. Il était comme son otage. Il devait sa survie à la Déesse. Il ne savait pas ce qu'elle attendait de lui, comment elle l'utiliserait mais il était convaincu que s'il agissait contre elle, il serait détruit. Quant à Darielle, il ne pouvait pas non plus la trahir et souhaita soudain que les rapports entre les deux déesses étaient moins houleux qu'il ne l'était relaté dans les textes mythologiques. Le voleur de la pierre, enfin, était-il mandaté par Elisia ou par un autre maître? Seule Darielle ne pouvait pas l'avoir envoyé.
Orselia dévisageait son fils comme si elle ne le reconnaissait pas.

"Bonjour mon fils. Quelque chose ne va pas?
- Bonjour Mère. Le monde va mal, mais moi je vais très bien.
- As-tu pu contrôler les troupes que tu étais parti visiter dans le Sud?
- Oui. Ça va. Il n'y a pas trop de laisser-aller mais le moral est loin d'être au beau fixe. Elknar Do Vaner présente ses hommages à la Reine.
- Tu as bien fait de passer chez ce vieux Elknar. Nous ne devons pas négliger nos plus sûrs alliers. Fovea dit qu'il a vu deux pigeons se diriger vers la fenêtre de ta chambre. Tu dois avoir des messages.
- Merci, Mère, de venir en personne me prévenir.
- Je ne te connaissais pas ce goût pour les bibliothèques, et encore moins pour les anciens manuscrits...
- Elknar m'a raconté que certaines enluminures étaient de toute beauté. J'ai eu envie de vérifier. Ouji semble aussi les apprécier. Une nouvelle passion en fait pour moi. Cela me change agréablement du métier des armes.
- Ne crois-tu pas qu'il y ait des affaires plus importantes à gérer en ce moment pour le bon fonctionnement du royaume? N'oublie pas que tu es le prince héritier et que si jamais il m'arrivait quelque chose tu devras prendre ma succession.
- Comment? Craignez-vous pour votre vie?
- Non, pas plus que d'habitude. Mais cela me fait plaisir de te voir t'inquiéter pour moi."

Un sourire malicieux apparut sur son visage et Angus se rappela, qu'avant d'être une Reine froide et autoritaire, Orsélia était aussi une mère aimante et attentionnée.

- Mmmm! Ne m'effrayez pas ainsi, Mère! Vous savez bien que je ne suis guère pressé de monter sur le trône." Se tournant vers Ouji, il ajouta "Je vous laisse continuer à fouiner, je repasserai ce soir."

Angus dut partir sur les talons de sa mère mais s'il le fallait, il passerait ses nuits dans le vieux salon, jusqu'à ce qu'ils en sachent assez pour comprendre ou agir. Sa mère aurait bien du mal à comprendre que la solution à ses problèmes pouvait se terrer dans de vieux parchemins moisis et usés par le temps. Pour l'heure, il lui fallait éviter de trop attirer son attention. Orsélia de Cendres était une fine psychologue et semblait douée de l'intuition d'un animal sauvage. Elle se douterait rapidement de quelque chose et Angus ne tenait absolument pas à subir un interrogatoire en règle. A cette pensée il sentit l'esprit de son père tressaillir.

Encore étourdi par ses récentes découvertes, le jeune prince se dirigeait vers ses appartements afin de découvrir les messages qu'il avait reçus avant de rejoindre sa mère. Se frottant son menton recouvert d'une barbe de quelques jours, il se dit qu'un bon bain ne lui ferait pas de mal. Alors qu'il franchissait l'arcade menant au Hall des Seigneurs, il fut surpris par de bruyantes vociférations. Interloqué, il jeta un œil en direction de l'entrée de la vaste et somptueuse salle soutenue par de puissantes colonnes de marbre blanc.
Un groupe de gardes tenait en respect avec leurs hallebardes un imposant individu.
Vêtu de peaux de bêtes et de larges bandes de cuir, l'homme faisait dans les deux mètres de haut, et à peu près autant de large. Il était âgé d'une quarantaine d'années. Son large visage était encadré par une fine barbe noire et une courte brosse de cheveux aussi raides qu'un bataillon de Gardes Pourpres au garde-à-vous. Une intense colère se dessinait sur ses traits qui semblaient burinés dans un bloc du plus dur des granits. Mais pour l'heure, le plus impressionnant était sa gigantesque hache de bataille gravée de runes qu'il brandissait d'une main comme s'il s'agissait d'une vulgaire chope de bière.
Le sergent qui lui faisait face n'en menait pas large et tentait de ramener l'étranger à un peu plus de calme. Angus s'approcha lentement. Tiens? Un barbare des steppes du Koshan? Qu'est ce qui peut bien l'amener aussi loin de chez lui? Il commença à saisir le sens de cet esclandre.

"Mais puisque je vous dis que je ne connais pas son nom!
- Oups! S'il vous plaît, vous pouvez cesser de faire tournoyer cette hache?
- Mais, par les roustons du Père des Dragons, vous êtes bornés! Je vous dis que je viens juste chercher mon Seigneur.
- Je suis désolé, je ne peux vous laisser entrer dans le palais royal sans audience…
- Mais ce n'est pas possible! C'est aussi difficile de rentrer ici que dans le harem du Sultan d'Al Anfa!"

Arrivé à quelques pas du groupe, Angus remarqua alors le magnifique tatouage qui ornait le bras gauche du barbare. Le dessin recouvrait entièrement le membre depuis le haut de l'épaule jusqu'au poignet. Il représentait avec une minutie incroyable et des couleurs éclatantes un Dragon crachant du feu. Le prince resta un instant à contemplait ce véritable chef d'œuvre. Il en avait le souffle coupé. Les frémissements de la puissante musculature du koshite faisaient vivre la mythique créature. Pendant un instant il eut l'impression que le tatouage l'observait avec des yeux de braise.
Puis il releva les yeux et son regard croisa celui de l'intrus. Un regard flamboyant reflétant une grande force mais aussi franchise et honnêteté se vrilla dans le sien. Un large sourire apparut sur le faciès brutal de l'énergumène. Ecartant négligemment du bras les armes braquées sur lui, il s'approcha en deux grandes enjambées d'Angus. Celui-ci recula d'un pas, une main sur la garde de son épée…

Le barbare mit un genou à terre et regardant toujours le jeune homme dans les yeux parla d'une profonde voix étrangement mélodieuse.

"Enfin, mon Seigneur je vous ai trouvé!!! J'ai du traverser la moitié du continent pour me mettre à votre service."

Angus était ébahi.

"Mais je ne vous connais pas! Qui êtes vous? D'où venez-vous? Et puis… pourquoi voulez vous me servir?"

L'homme se releva et un tonitruant éclat de rire résonna dans la salle.

"Excusez-moi, mon Seigneur! Ce périple m'a fait perdre le sens des civilités. En effet vous ne me connaissez pas. Mon nom est Malach Belkasom. Je viens de Tan Ystrel et je suis le Gardien de la Bibliothèque du Dragon. Et je vais vous servir parce que cela a été écrit et que cela doit être!"

Angus resta sans voix.
Après s'être un peu remis de sa surprise, Angus alla donner l'ordre aux gardes de retourner à leurs postes. Puis il entraîna Malach Belkasom vers l'extérieur du palais. Sans trop savoir pourquoi, il ne tenait pas à mêler la Reine à cette histoire, ni à violer la règle établie selon laquelle aucun homme ne doit pénétrer dans les salles royales. Une fois dehors, le barbare croisa les bras et se campa sur ses jambes.

"Si ce que tu dis est vrai..." commença Angus.
- L'heure n'est pas aux tergiversations!" coupa Malach. "Vous pouvez me croire, vous DEVEZ me croire, Seigneur!"

Angus éprouva le besoin de s'asseoir. Faute de siège, il s'adossa aux murailles de Palais. Le barbare restait impassible, une sorte de sourire aux lèvres. Angus s'irrita.

"Comment un barbare du nord se retrouve Gardien de la grande Bibliothèque du Dragon?! Je ne peux le croire...
- Soit. Je reconnais que je vous dois quelques explications.
- Oui en effet...
- Et bien, j'ai été choisi.
- ... et c'est tout?
- Ma foi oui, mon Seigneur. C'est aussi simple que ça.
- C'est insensé. Depuis des temps immémoriaux, cette tâche est confiée à des Mages, à des érudits ou à de puissants Enchanteurs... On ne devient pas Gardien d'une telle source de savoirs par hasard!
- Le hasard n'a rien à voir là-dedans. J'ai été choisi. C'est moi le Gardien."

Angus senti qu'il se laissait gagner par le pouvoir de persuasion de Malach Belkasom.

"Bon. Ainsi soit-il!
- A la bonne heure! Vous prenez le bon chemin, Seigneur."

Un large sourire découvrit les dents gâtées du barbare. Il décroisa enfin ses larges bras, et ses mains vinrent se plaquer sur les épaules d'Angus.

"Je vous servirai."

Il se mit ensuite à genoux, et pencha la tête vers le sol. Quelque citadin aurait aperçu la scène qu'il n'aurait pas manqué d'y trouver un certain effet comique : même ainsi prosterné, Malach Belkasom semblait aussi grand qu'Angus. Mais étrangement, il n'y avait personne aux abords du Palais. La pluie fine qui battait toujours et encore les pavés y était sans doute pour beaucoup. Mal à l'aise, Angus ordonna à l'homme de se relever.

"Merci", lui dit-il en se demandant si c'était là le mot qui convenait.

Il n'avait jamais été à l'aise avec ce genre de démonstrations de fidélité. Contrairement à sa mère qui savait parfaitement y discerner sincérité, fourberie ou obséquiosité. Pour toute réponse, le barbare se tourna vers l'est.

"Il nous faut partir.
- Où? Pourquoi?
- Nous devons nous hâter, Seigneur.
- Mais enfin pourquoi?
- Tan Ystrel. Nous sommes attendus. Le temps presse.
- Je ne peux pas! Beaucoup trop de choses me retiennent ici pour l'instant.
- Et pourtant nous devons absolument partir."

Angus commençait à se demander qui donnait les ordres ici. Mais il céda à nouveau sous l'irrésistible conviction de Malach. Si cet homme était bien le Gardien de la Bibliothèque du Dragon, la coïncidence devenait extraordinaire alors qu'il venait tout juste de passer de nombreuses heures plongé dans les manuscrits copiés dans cette même bibliothèque et relatant la tragique épopée de son Gardien...

"J'ai besoin de trois jours.
- Le mieux serait sur-le-champ.
- Bien... je peux essayer de tout régler en deux jours.
- Demain, à la rigueur.
- Me donneras-tu un indice, à la fin?" s'énerva Angus.
- Oui. Pour l'heure, sachez seulement que tout le pays gronde, et qu'aucune armée ne saurait être assez puissante pour combattre par le fer le fléau qui va survenir. La clef est à Tan Ystrel. Elle est dans la connaissance des livres. Dans la force, certes, mais celle de l'esprit. Non celle des armes.

Pour un barbare, Malach Belkasom se montrait plutôt modéré, pensa Angus. Tout était si étrange et si inattendu. Le jeune homme était complètement désorienté et le désespoir le terrassa subitement. Il se sentait pris dans un enchaînement infernal d'évènements qui échappaient complètement à son contrôle. Une lourde responsabilité qu'il n'avait nullement cherchée pesait maintenant sur ses épaules. Il devait agir. Mais contre quoi, contre qui, comment? Et surtout, pourquoi? Son esprit fut envahit par le doute.
Une pluie particulièrement abondante? Un simple caprice climatique.
Un vent de révolte? Cela était courant et inhérent à toute forme de domination.
La menace des Cinq de l'Ombre? Ils existent depuis des temps immémoriaux et, certes ils sont très puissants, mais ils n'ont jamais eu pour but la destruction. Gouverner par la manipulation et orienter la destinée des peuples selon leurs principes : oui, cela leur correspondait.
Le retour des Dieux? Trop hypothétique et quand bien même? Pourquoi lutter contre ses puissances? Si les hommes ne croyaient plus en eux ils disparaîtraient d'eux-mêmes.
Et pour tout cela? La mort de son père qu'il venait à peine de retrouver et maintenant la présence de son esprit dans le sien. La mort de ses plus fidèles compagnons. La disparition de Friss. C'était bien cher payer pour un mystère dont il n'entrevoyait que de vagues remous incertains.
Ces pensées tourbillonnaient et s'entrechoquaient dans le crâne d'Angus. Il n'avait jamais été formé à affronter de tels évènements. Il avait une éducation de prince, de gouvernant et de chef de guerre et devait prendre la succession de sa mère. Progressivement son désespoir fit place à la rage. Il se révoltait contre ces puissances occultes, qu'il ne connaissait même pas, qui semblaient jouer avec lui, comme lui le faisait avec ses soldats de plomb quand il était enfant. Un soldat de plomb! Est-ce là tout ce qu'il était? Au fond de l'esprit d'Angus, Louzin était pris dans le maelström des pensées de son fils et il était incapable de le réconforter. La culpabilité rongeait son âme. Il avait abandonné Angus et la femme qu'il aimait. Et maintenant ses prophéties menaient son fils sur les chemins de la folie ou de la mort. Mais qui était-il pour infliger autant de souffrances à ceux qu'il aimait?
Soudainement Angus s'aperçut qu'on le secouait comme un poirier. Reprenant son contrôle il réalisa que Malach le tenait au dessus du sol. Le jeune homme cria :

"Arrête!!! Tu vas me briser tous les os!!!
- Ah enfin! Que vous arrive-t-il mon Seigneur?"

Angus lui jeta un regard où brillait une rage glaciale.

"Il arrive que j'en ai ras le bol!
- Mais mon..."

Brusquement le Barbare sourit et sa physionomie qui exprimait une profonde gravité se détendit. Il avait maintenant quasiment l'expression d'un enfant, en ayant beaucoup d'imagination toutefois...

"Enfers! Basta de tout cela! Bon... Mon p'tit gars, faut pas t'agiter la calebasse comme ça. C'est mauvais. Ecoute-moi un instant et après on ira se jeter un verre dans le gosier. Et on pourra branler du râtelier autant que tu le voudras. Depuis que j'ai été choisi par cette foutue Bibliothèque ma vie a été complètement bouleversée. Je suis maintenant investi d'un savoir qui pèse très lourd et que je suis très loin d'appréhender entièrement. Ce dragon tatoué sur mon bras me donne de puissants pouvoirs. Et tu sais quoi? Maintenant je rêve d'être tranquillement dans ma steppe natale à chasser, à mener mon clan à la bataille, à fêter la victoire avec mes frères d'armes, à faire de beaux enfants à ma compagne… Tout ça c'est fini. Et tu sais ce qui est le plus stupide dans cette histoire?
- Non?
- Et bien….. c'est toi.
- Hein?
- Attends, je m'explique. Voilà ce que, moi, j'ai compris dans les quelques millénaires de savoirs qui sont engrangés dans la Bibliothèque : c'est qu'on a beau avoir tous les pouvoirs possibles et imaginables, on ne reste qu'un jouet du destin. Et surtout, à emmagasiner ces savoirs on devient un vestige du passé. Comme moi, comme la puissante Etoile du Nord et Annelise, comme les Cinq de l'Ombre, comme les Dieux et tous les autres. Et c'est là que tu interviens : toi, tu en as rien à cirer de tout ça. La réaction que tu viens d'avoir le prouve amplement. Tu es ancré dans le présent et ce qui t'intéresse c'est l'avenir. Et c'est donc toi, et ceux et celles de ta trempe, qui forgeront notre futur à tous. Donc à toi de choisir. Je respecterai tes décisions. Si tu ne veux pas aller à Tan Ystrel et bien, soit, on n'ira pas. Je te dis juste que tu pourras y apprendre beaucoup. Et pour l'instant si tu veux bien m'accompagner à la taverne la plus proche bien fournie en bières fraîches et en tendres maraudes, j'en serai ravi!
- Euh..."

Une nouvelle fois Malach avait complètement désorienté Angus. Mais étrangement, ses paroles lui avaient remonté le moral. Il se sentait plus serein.

"Oui! Je crois qu'une bonne rasade me fera du bien!
- Voilà qui est bien parlé!
- Dis, Malach?
- Ouaip?
- Je crois que je préfère le Barbare au Bibliothécaire.
- Ben, je crois que c'est pour ça que la Bibliothèque m'a choisi."

Les paroles du Barbare avaient plongé Louzin dans un abîme de perplexité. Et si ce raisonnement primitif...?
Les auberges foisonnaient dans les environs du palais royal et Angus se dirigea sans hésiter vers l'une d'entre elles. Cet établissement s'appelait, de façon fort peu originale, la "Taverne du Palet" et depuis de nombreuses années le jeune prince en était un habitué. Là-bas nul ne le questionnerait et il serait au calme. Après un bref signe de tête au tenancier, il entraîna son compagnon dans l'arrière-salle qui était bien plus tranquille. Quelques instants après, deux énormes chopes de Bière de Braduc trônaient sur la table. Après s'être rafraîchi le gosier, Angus interrogea le barbare.

"Dis-moi Malach, comment m'as-tu reconnu? Personne ne t'a dit qui j'étais... et toi-même tu as dis aux gardes ne pas connaître mon nom..."

Angus avait les yeux plongés dans sa bière et les releva en prononçant ces derniers mots. Depuis un moment déjà il discutait intérieurement avec son père.

Angus tu ne sais rien de cet homme. Sa force de persuasion ne prouve en rien sa sincérité. Si tu n'es pas plus prudent, tu ne survivras pas longtemps...
- Mais personne n'enverrait un barbare pour me faire croire qu'il est Gardien de la Bibliothèque du Dragon. c'est tellement tordu que c'est crédible.
- Combien de fous prétendant être Roman de Nemo avez-vous arrêté ces dix dernières années.
- Deux. Tu as raison. Il s'agit peut-être d'un fou...
- Et comment sait-il qui tu es? Il ne t'a jamais vu et personne n'a même prononcé ton prénom.

En effet, si le visage de la reine était connue au delà des frontières du royaume par les monnaies frappées à son effigie, le visage du prince n'était pas si populaire. Malach sortit de sa ceinture un parchemin soigneusement plié en huit. Dessus avait été griffonné un portrait de face.

"Excuse la maladresse de ce dessin mais les principaux traits y sont.
- Mais ce n'est pas moi! Bien sûr ce portrait me ressemble un peu mais ce n'est pas moi!
- Mais voyons qui d'autre cela peut-il être?
- Celui dont tu me montres le portrait a quitté le palais de Sangji il y quinze ans déjà et n'y a pas remis les pieds.
- Mais où est-il parti?
- Dans le sud, au-delà des Grands Monts...
- Par les os du dragon! Il me faudra plus de 15 jours pour aller le chercher, même en sachant où il habite!
- Pas la peine de te mettre en route tu ne le trouveras pas. Il est... il est mort.
- C'est impossible...
- Du moins il a disparu dans de telles circonstances... des circonstances qui laissent à penser...
- Il ne peut pas être mort!
- Je comprends ta déception après un tel voyage mais...
- Non, je t'assure. Il n'est pas mort. Sais-tu pourquoi la bibliothèque s'appelle la Bibliothèque du Dragon?
- Non." Oui! La réponse de Louzin avait jaillit à l'intérieur d'Angus et les pensées de son père accompagnèrent le récit de Malach.
- Et bien, les arrêtes de la coupole centrale de la salle de lecture sont des os qu'on dit avoir appartenu à un dragon. Or, il est donné au gardien un pouvoir de songe. Lorsque je m'endors sous cette coupole la bibliothèque me parle. Moi, l'illettré, j'accède aux contenus les plus secrets de la bibliothèque en rêvant. Les contenus des ouvrages brûlés dans les destructions successives de ce berceau de savoir sont gardés en mémoire par le Dragon. Mais ce n'est pas tout..." A partir de cet instant, Angus sentit son père aussi attentif que lui-même. "La bibliothèque me parle. Et elle m'inspire des songes. C'est elle qui m'a envoyé ici. C'est elle qui m'a montré ce visage en songe il y a 10 jours et qui m'a ordonné de partir sur-le-champ à la recherche de cet homme.
- Mais pourquoi lui?
- Elle veut lui parler. Mais au juste qui est-il?"

Angus fit un bref historique de la vie de son père mais ne raconta pas son expédition dans le sud. Sa mère n'était pas au courant de sa démarche et il était hors de question qu'elle l'apprenne pas la rumeur.

"Je ne peux rien te dire plus, sauf que tu ne trouveras pas mon père dans le Sud. Il se fait tard, Malach. Ta quête n'avancera pas plus aujourd'hui. Me feras-tu l'honneur d'accepter mon hospitalité au palais.
- Avec grand plaisir mon seigneur.
- Je ne peux pas m'attarder plus longtemps dans cette auberge." Mon devoir m'appelle héhé! "Mais je te verrai au dîner. A bientôt."

Les deux messages revinrent en effet à la mémoire du prince qui espéra qu'ils n'avaient rien de trop urgent et que, pour une fois, ils ne seraient pas annonciateurs de sinistres évènements.

Dans ses appartements, Angus trouva deux pigeons sagement posés près d'une mangeoire pleine de graines. Il connaissait si bien ces pigeons qu'il les reconnut immédiatement. L'un venait de chez Elknar Do Vaner et l'autre avait assurément été envoyé par Estellon. Il fut surpris par ce dernier. L'homme au chat donnait que rarement de ses nouvelles. C'était un solitaire. Angus ne connaissait quasiment rien de lui. Il savait qu'il était un cambrioleur et un acrobate de talent. C'est tout. Il ignorait aussi pourquoi il s'était proposé pour infiltrer la Main Noire? Il n'avait même pas demandé de salaire ou de récompense...
Il décrocha les bagues. Déroula les papiers entortillés et lu les deux mauvaises nouvelles.
Sur le premier parchemin, en quelques mots Elknar expliquait que Sveg avait réussi à s'échapper en neutralisant ses gardes. Il ne semblait pas qu'il ait reçu d'aide de l'extérieur. Angus n'était pas vraiment surpris. Sveg avait des ressources peu communes dans ce genre de situation. Le deuxième parchemin annonçait qu'une jeune fille, appelée Cyrielle avait été capturée et réduite en esclavage. Son prochain propriétaire serait sûrement Dame Sanguine. Le sang d'Angus ne fit qu'un tour. L'âme de Louzin fut aussi ébranlée car elle était pour lui un peu la fille qu'il aurait tant aimé avoir...
En réaction au danger que représentait Sveg, Angus donna des ordres de vigilance aux gardes du palais et à la police de la capitale. Pour Cyrielle, il ne pouvait pas grand chose tant qu'il ne saurait pas exactement où elle se trouvait. Aussi, il envoya Fovea, un serviteur discret et attentif se renseigner en ville sur l'arrivée des dernières caravanes et sur les allées et venues autour de la demeure de Dame Sanguine.

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