heroes of might and magic 3 4 5
Heroes of might and magic 4 sur Archangel Castle : Informations, cartes (maps), downloads, patches, ligue, et tout en francais !


Campagnes
Lieux
Artefacts
Terrains
Compétences
Unités Neutres
Gathering Storm
Winds of War



Maps
Téléchargements


Editeur
Astuces
Interviews
Bugs


Mythologie
Créatures
Personnages

Chroniques



Webmaster
Ligue H3
Ligue H4
Ligue H5
Site H5
Trad et designer
Anciens

 
Chapitre 1
Il viendra des pluies douces...

 

Retour aux news du site

Il est des forêts si profondes que nul ne sait vraiment ce qu'elles hébergent. Il est des histoires si folles que nul n'y donne crédit. Il est des hommes si fous qu'ils croient aux fées. Il est des nains si fous qu'ils se prennent à les aimer.

Cette odeur de terre... cette odeur de terre! Cette odeur de terre éveilla Cyrielle en sursaut. C'était impossible, il ne pouvait pas pleuvoir! Pourtant si. C'était un bruit assourdissant, tel un galop. Elle souleva le coin du rideau et contempla les zébrures de la pluie avec perplexité. Il ne pouvait pas pleuvoir et pourtant il pleuvait.
C'était le mois du désert et il portait bien son nom dans cette contrée du sud des Grands Monts. C'était comme si les montagnes retenaient hermétiquement les nuages dans le nord. Cyrielle habitait la mer d'Essan mais n'avait jamais vu plus d'eau que celle des rivières éphémères provoquées par les pluies d'automnes. De la pluie au mois du Désert elle n'en avait jamais vu non plus, ni elle, ni ses aïeux, ni les aïeux de ses aïeux. C'est simple sa grand-mère lui disait toujours que farouche comme elle était, elle avait plus de chances de voir la pluie au mois du désert que de trouver un homme qui la supporte. Mais là n'était pas le problème. Il pleuvait.
Elle s'élança dans la rue, vêtue comme la veille, espérant que cette pluie, au moins, serait chaude et que cette révolution climatique n'en fut pas vraiment une
Elle trouva Louzin, son professeur d'astronomie, sur le perron de l'université, scrutant le ciel de ses yeux plissés.
Louzin avait sa mine des mauvais jours... Cyrielle observa le professeur pendant un instant sans émettre une parole, et se demanda une fois de plus ce qui avait poussé cet homme manifestement cultivé à arriver un beau soir, en pleine saison de froide brume, à moitié mort de faim et avec une forte fièvre qui avait mis à rude épreuve les talents de Rowena, la guérisseuse, et à s'installer à demeure en tant que professeur dans ce modeste village reculé. Après sa longue convalescence, il manifesta le désir de rester parmi ceux qui l'avaient recueilli. Rapidement sa sagesse, son érudition et son expérience lui valurent le respect de tous et quand il se proposa pour enseigner à l'école du village les doyens s'empressèrent d'accepter. Depuis bien des années maintenant, il émerveillait les enfants et les adultes avec ses histoires et contes, tour à tour fantastiques, drôles, mystérieux et terrifiants. Mais de son passé, jamais il ne soufflait un mot.
Bien que possédant certains des attributs d'un âge certain, avec son visage mangé par une longue barbe blanche et ses sourcils broussailleux, il avait gardé dans les yeux une lueur de malice qui avait visiblement survécu à des temps moins heureux. Bien sûr, son arrivée mystérieuse, sa forte personnalité et le voile qui recouvrait ses origines ne cessaient d'intriguer les villageois. Ainsi les plus jeunes d'entre eux se plaisaient à élaborer les scénarios les plus farfelus sur la véritable identité du personnage. Suivant les moments il était un puissant magicien menant d'obscures expériences, un maître voleur pourchassé par toutes les autorités du monde connu ou encore un démon venu observer les hommes. Quand ces rumeurs parvenaient aux oreilles de Louzin, il se contentait d'un sourire énigmatique.
Il menait une vie simple et ce qu'il aimait le plus, à part enseigner, c'était de monter au sommet du Mont Drasil, la colline qui dominait le village de son imposante masse rocheuse, pour observer les étoiles.
Mais ce matin-là, le vieil homme était perplexe et une vague expression d'inquiétude se dessinait sur son visage parcheminé. Il ressentait une sensation qu'il n'avait plus connue depuis son arrivée au village. Cette pluie lui était incompréhensible et il n'aimait pas ne pas comprendre. Sa propre observation de la veille lui avait indiqué un temps sec avec un léger vent d'est. Et en aucuns cas de la pluie.
Un léger bruit le fit sursauter. Il baissa les yeux pour croiser le regard vert émeraude de Cyrielle. Un sourire se dessina sur ses lèvres. La jeune fille fantaisiste était son étudiante préférée. Son esprit vif, critique, parfois moqueur allié à une grâce évidente la rendait naturellement sympathique aux yeux du vieux professeur. Mais ce qui lui plaisait le plus c'était son insatiable curiosité.

Alors que la pluie redoublait de férocité et que la colère du ciel illuminait de ces éclairs toute la vallée, un bruit sourd se fit entendre.

Tous deux se retournèrent pour apercevoir à quelques centaine de mètres de là, la silhouette d'un cavalier. Il semblait pousser sa monture à la limite de ses forces. Cyrielle adressa un regard inquiet à son mentor :

"Que se passe-t-il professeur?
- Ha! Je crains fort que ce temps ne laisse rien présager de bon. Et la venue de ce cavalier n'est pas là pour me rassurer."

Le cavalier n'était plus qu'à quelques mètres des premières chaumières du village. Il montait un cheval gris comme l'orage plus grand que tous ceux qu'avait pu voir Cyrielle. Il était encapuchonné dans un immense manteau couleur nuit et ruisselant d'eau. Il mit pied à terre à l'entrée du village et porta toute son attention à sa monture comme s'ils étaient seuls au monde. Remontant sa main gantée le long de l'encolure, il semblait communiquer avec le cheval. Puis il guida son cheval vers un appentis. Cyrielle prit conscience à ce moment là de l'étrangeté de la scène. Le cheval était scellé mais n'avait ni rênes, ni mord. Tout cela s'était passé très vite mais le cavalier donnait l'impression d'une infinie lenteur. Chaque geste était précis, sans fioritures inutiles. L'instant d'après c'est un visage calme et sans âge qui fit face au vieux professeur.

Les larmes se mirent à couler le long de ce visage tanné et ridé par les ans. Une lueur nouvelle était apparue au fond de ce regard pourtant si familier à Cyrielle. La course du temps parut s'arrêter. Tout d'un coup le visage inondé de larmes du vieux professeur s'illumina de joie. Il avança lentement vers le mystérieux étranger et le prit dans ses bras. Les deux restèrent ainsi pendant de nombreuses minutes, qui semblèrent durer une éternité. Louzin s'écarta enfin et prononça ses mots avec lenteur et difficulté comme s'ils lui brûlaient les lèvres :

"Mon fils..."

Jamais le vieil homme n'avait évoqué son passé et voilà qu'apparaissait quelqu'un qui avait tout l'air d'un revenant. La pluie d'abord, l'arrivée inattendue du fils de Louzin ensuite... Voilà qui était bien étrange. Cyrielle resta cependant à l'écart, craignant de déranger les deux hommes en un instant aussi solennel. Mais les deux hommes souriant regardèrent ensemble la belle Cyrielle. On sentait que Louzin souhaitait ardemment présenter la jeune fille. Il l'appela doucement de la main.

"Cyrielle, voici Angus, mon fils. Son retour était écrit.
- Et que signifie-t-il, ce retour? dit Cyrielle troublée par le regard d'Angus.
- Rien de très important, chère enfant, juste ma mort prochaine...
- Mais... mais vous n'êtes pas malade… et... et rien ni personne ne vous menace ici... à part peut-être..."

Elle eut soudain un regard sévère à l'intention d'Angus.

"Non, je ne crains rien de sa part. C'est un oiseau de mauvaise augure mais il n'y est pour rien. Il obéit juste aux consignes que je lui ai données." Il se tourna vers Angus. "Ta mère sait-elle où je suis?
- Oui, évidemment. Depuis quatre ou cinq ans déjà. Un de ses espions t'a localisé. Mais ce n'est pas elle qui veut ta tête..."

La tête de Cyrielle commençait à lui tourner, toutes ces révélations en une seule fois, cela en était trop. Ne semblant rien remarquer de son trouble, Louzin et Angus continuaient à discuter...

"Tiens donc, répondit Louzin, si ce n'est pas ta mère, qui diable cherche donc à se débarrasser de moi?
- La Main Noire. Enfin c'est ce que je pense. Certains de mes amis ont eu vent d'un contrat qui aurait été mis sur ta tête."

Une expression de surprise apparut sur le visage de Louzin. Son regard se fit aussi plus incisif. Attentive, Cyrielle tressaillit. Les yeux de son cher professeur avaient maintenant quelque chose d'effrayant. Jamais auparavant, elle n'avait pu imaginer que le vieil homme pourrait être dangereux. Mais à présent, elle doutait…

"Comment se fait-il? Juste avant mon départ, j'étais plutôt en bon terme avec les Cinq de l'Ombre. On avait conclu un accord….
- Un accord?
- Rien de bien important, fils. J'enterrais certains secrets compromettant et eux me laissaient tranquille. Mais que s'est-il donc passé?
- Comme tu le sais, père, c'est très difficile d'avoir des informations sur la Main Noire. Mais il semble bien que Sanguine ait réussi à prendre un siège au sein des Cinq.
- Cette jeune péronnelle? Elle voyait loin, mais n'avait guère les moyens de ses ambitions.
- Beaucoup de temps c'est écoulé depuis ton départ….
- C'est vrai. Mais cessons là. Ce n'est pas le plus important. Sale temps pour la saison, hein, fils?"

Un sourire apparut sur le visage d'Angus :

"Allons discuter de cela à l'abri. J'ai eu mon comptant de pluie pour la journée."

Sur ces entrefaites, tous trois s'éloignèrent du centre du village en direction de l'auberge locale, "Le Rat Boiteux", où une longue nuit blanche les attendait.

En entrant, ils furent salués et accueillis par Tranbar Riddelheim, le maître des lieux. La salle était déjà presque comble, les intempéries modifiant les activités habituelles de chacun. Il régnait une odeur de bois vermoulu se mêlant aux douces effluves du parquet fraîchement ciré et de la bière.
Tranbar était un homme petit et replet, mais tous au village savaient que ce n'était qu'une apparence. Aventurier chevronné, Tranbar avait parcouru tout Andelys du nord au sud avec un groupe de mercenaires alors réputés, les Haches de Feu. Il y a maintenant quelques années, il décida de se ranger et ouvrit cette auberge grâce aux trésors qu'il avait récoltés.
Cyrielle, Louzin et Angus allèrent s'installer dans un coin près du feu et commandèrent trois bières.
Cyrielle entortillait ses cheveux comme pour les essorer mais sa concentration se portait sur Angus. Quel âge pouvait-il avoir? Louzin était au village depuis 15 ans au moins. S'il lui avait laissé des consignes c'est que ce n'était déjà plus un bambin à l'époque... disons minimum 17 ou 18 ans. Mais pourquoi se posait-elle cette question bien futile à côté de toutes celles qui se précipitaient depuis l'arrivée d'Angus? Et pourquoi le fixait-elle ainsi? Elle passa aussitôt au pourpre en prenant conscience qu'il l'avait remarquée... Je vais encore passer pour une gamine se dit-elle. Angus ne commença son récit que lorsque les bières furent servies.

"Père... Je crois que les Cinq de l'Ombre veulent se débarrasser de tous les alliés potentiels de la Reine.
- Son allié? Faudrait-il encore qu'elle accepte mon aide...
- Ils ne prendront aucun risques. Ils savent que si vous redevenez alliés, nul n'oserait l'affronter. Elle n'a jamais voulu utiliser le pouvoir de l'union pour gouverner, ne comptant que sur la fidélité de son peuple mais la guerre civile couve, probablement attisée par des proches du pouvoir du Conseil, voire des Cinq.
- Elle n'acceptera jamais mon aide, même si je rasais les montagnes qui me séparent d'elle...
- Mais peut-être peux-tu l'aider sans son accord... et tu dois aussi sauver ta peau. Et puis il n'y a pas que les Cinq. En fait, eux seuls n'auraient pas provoqué la guerre civile. Il se passe tant de choses inattendues..." Il jeta un regard vers la fenêtre. "Rien ne se passe normalement. Les bêtes sauvages entrent dans les villages. Les maladies détruisent les cultures. Les brigands pullulent...
- Ça n'a rien de nouveau. Il y a toujours eu des rumeurs transformant les moutons en loups...
- Il est difficile de dire qu'elle est la part de vérité de ces rumeurs, mais tu vois bien quel temps il fait...
- Il est vrai que de toutes ces nouvelles, c'est celle que tu ne m'as pas apportée qui m'effraye le plus Fils, ce temps hors saison me trouble au plus haut point, on peut déjà écarter toute possibilité que cela soit d'origine naturelle; or modifier le climat à ce point réclame une immense énergie et de grands pouvoirs... Aucune puissance à ma connaissance n'est capable de cela, en tous cas pas sans en appeler directement à des pouvoirs aujourd'hui oubliés. A l'époque de la Guerre des Dieux, ceux ci avaient investi leurs séides de pouvoirs incalculables, mais ils ont été perdus lors du cataclysme qui s'ensuivit."

Ecoutant les réflexions de l'érudit, nul n'osait l'interrompre, sûrs qu'ils étaient tous maintenant que le phénomène climatique les dépassait. Louzin continuait son monologue :

"Ce climat est-il le contrecoup de l'utilisation d'une magie puissante ou bien le résultat attendu? Je ne saurai le dire. En revanche, je sens obscurément que de grands changements se préparent et que la force responsable de cette pluie inattendue est à l'origine de tout ceci. Peut-être y a-t-il une explication dans les livres mais notre bibliothèque de village n'en contient aucun d'assez pointu, d'assez ancien... Ah! Si j'avais encore accès aux collections de la bibliothèque royale, peut-être y trouverai-je l'explication. Ouji, mon cher ami, a peut-être déjà une petite idée là dessus.
- Il est effectivement toujours en place à la Bibliothèque et a même pris du grade en passant Bibliothécaire de la Reine.
- Ne rêvons pas mon fils, je suis interdit de séjour à la capitale. Si la Reine ou les Cinq apprennent mon retour, ce sera la prison à vie ou bien pire encore, si je dois en croire ce que tu pressens.
- Oui, mais tu ne vas pas rester les bras croisés à attendre les sbires des Cinq...
- Non... Mais je ne vois que ça à faire pour l'instant car tant que nous ne saurons pas ce qui ce trame, nous aurons les bras liés
- Je crois pouvoir te faire rentrer dans le Palais, si tu n'as pas peur de te travestir. Nous pourrions passer par les appartements de la reine, je suis le seul homme de plus de 12 ans ayant le droit d'y pénétrer et on ne fouillera probablement pas une dame de ton âge! Hahaha...
- Les services de sécurité sont bien naïfs...
- Ils ne s'attendent pas à te voir revenir de sitôt... Voilà notre chance. Depuis les appartements de la Reine nous entrerons dans la Bibliothèque par son accès privé et ainsi éviterons les Gardes du Savoir. Mais il nous faudra d'abord atteindre Sangji et y pénétrer...
- Soit. S'il n'y a que ça à faire... Pourvu que je ne croise pas la Reine dans ses appartements. En dépit de toute l'affection que je lui ai gardée, je ne supporterai pas les sarcasmes dont elle ne manquera pas de m'accabler..."

Cyrielle écoutait, les yeux dans le vague. Les deux hommes parlaient bon train, et elle avait peine à s'y retrouver parmi tous les noms de lieux ou de personnes qu'ils mentionnaient. Bien sûr, elle avait déjà vaguement entendu parler de la Main Noire, et la renommée de la Reine Orsélia de Cendres s'étendait bien au-delà des murs de son château, parvenant même jusqu'au petit village reculé de Cyrielle. Mais elle n'avait pas eu beaucoup d'occasions de voyager hors de la région du sud des Grands Monts... Combien de fois pourtant elle avait rêvé de tout quitter, partir enfin vers d'autres cieux, voir s'éloigner peu à peu la silhouette du village et respirer le grand air des pays lointains…
La pluie redoublait et battait furieusement les fenêtres de l'auberge. Cyrielle sortit de ses songes. Les hommes se taisaient à présent, attentifs au martèlement de l'eau, comme une musique froide.

"En tous cas, il faudrait agir vite." dit finalement Louzin.

A peine Louzin avait-il fini sa phrase que la porte de l'auberge s'ouvrit et un Nain entra dans l'auberge. Cyrielle se demanda quel évènement avait pu faire sortir un Nain de ses montagnes. En l'examinant avec plus d'attention, elle réalisa qu'il avait l'air de souffrir et comprit pourquoi en découvrant avec horreur qu'il était gravement blessé au bras. A ce moment elle remarqua qu'il avait l'air de chercher quelqu'un. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle le vit s'approcher de sa table!

"Mon ami, que fais-tu là? Qu'est-il arrivé à ton bras? s'exclama Angus visiblement surpris par cette irruption.
- Angus je suis venu te prévenir. Les Cinq ont envoyé des assassins a ta poursuite et ils seront bientôt là.
- Il nous faut donc partir tout de suite.
- Je file à la Bibliothèque chercher ce dont j'aurai besoin, confirma Louzin.
- Je veux partir avec vous ! intervint Cyrielle sur un ton ferme.
- Ah sûrement pas jeune fille, je ne vous mêlerai pas à cette vilaine histoire !
- Mais vous êtes mon professeur, je dois continuer à étudier avec vous...
- Pas de mauvais argument, Cyrielle! S'il s'agissait d'un voyage d'agrément je n'aurais pas hésité à vous emmener, mais là...
- Ne perdez pas de temps en babillage, coupa Angus. Cyrielle, je dois te confier Friss. Il ne peut pas continuer ainsi. Peux-tu le cacher et le soigner? Ce n'est pas lui qu'ils cherchent... Et je ne pense pas qu'ils trouveront ce qu'ils ne cherchent pas.
- Je l'hébergerai chez moi, dit-elle à contrecœur.
- Friss, nous allons au Cirque. Nous y resterons cinq jours. Si tu peux nous rejoindre d'ici-là, tant mieux. Sinon, la prochaine étape sera le Palais Royal. Cyrielle, je t'aide à le transporter jusqu'à chez toi.
- Pas la peine! s'exclama l'aubergiste qui tendait l'oreille depuis un moment. Je m'en occupe avec elle. Ne perdez pas plus de temps!
- Merci!" dit Angus et il s'élança sous la pluie, toujours battante, vers l'appentis où l'attendait son cheval.


Louzin arriva deux minutes plus tard, et Angus lui fit signe de monter le cheval du Nain.

Après avoir installé Friss et prodigué les premiers soins, Cyrielle sortit. La pluie battante creusait de longues rigoles boueuses dans les rues. Au moins les traces des chevaux des deux visiteurs imprévus avaient disparu. Ces maudites pluies n'étaient peut-être pas un mal mais un bien... Qui pourrait le dire?
Pensive, sans doute harcelée par des doutes qu'elle n'arrivait à chasser, Cyrielle resta de longues minutes immobile sous la pluie, comme inconsciente de l'eau qui ruisselait sur son visage. Finalement c'est Tranbar Riddelheim, qui vint, inquiet, la tirer de ses pensées. Bien qu'il conserve son apparence cordiale et avenante, lui aussi restait avec de nombreuses questions sans réponses. .

"Rentrez, Cyrielle, n'allez pas attraper froid. J'ai assez d'un malade sur les bras."

Cyrielle rentra à l'intérieur de l'auberge, et demanda ce qu'était devenu Friss. Sous son apparence rude et bourrue d'ancien guerrier, l'aubergiste cachait un cœur d'or, et avait confortablement installé le Nain dans sa meilleure chambre, avec un tonnelet de bière à portée de main. Ce qu'il assurait être la meilleure médecine naine. Sur ce point, Friss ne semblait guère vouloir le faire mentir.
Bien que blessé et visiblement très fatigué, le Nain interrogea longuement Cyrielle sur son professeur, Louzin, et sur ses activités des dernières années. Il s'inquiéta aussi de la santé du vieil homme. Cyrielle avait également beaucoup de questions à lui poser, mais ce dernier, peu loquace, lui apprit uniquement qu'il était un ami de longue date d'Angus. Quant aux questions sur ce dernier, il répondit juste que le fils de Louzin était vraiment un charmant jeune homme, accompagnant sa réflexion d'un clin d'œil. A la fois amusée et vexée par le sous-entendu ridicule du Nain. Que pouvait-elle trouver à cet inconnu qu'elle n'avait côtoyé que quelques heures tout au plus? Cyrielle prit congé et redescendit dans la salle commune.

Quelques pas dans la vaste salle lui suffirent pour se rendre compte que quelque chose n'allait pas. A l'ambiance habituelle, chaleureuse et bonne enfant, avait succédé une atmosphère pesante, un silence lourd comme une chape de plomb, seulement troublé par le bruit de la pluie. Elle aperçut alors la raison de ce malaise : un nouvel arrivant était appuyé au comptoir. Encore un! Une telle affluence était bien rare dans un petit village comme Kerak, songea Cyrielle.
L'inconnu avait une allure sinistre. Habillé de noir, portant ouvertement à son flanc une large épée de guerre, il dégageait une aura de peur et de danger. Cyrielle distingua d'autres hommes en armes vêtus de façon semblable, certainement ses acolytes, qui bloquaient les issues de l'auberge. La jeune fille recula et s'adossa à une poutre, essayant de passer inaperçue. Elle prêta l'oreille à la conversation que menait Tranbar et l'étranger. D'abord inaudible, le ton monta rapidement, et parmi les nombreux éclats de voix de l'homme en noir, Cyrielle entendit distinctement les noms de Louzin et d'Angus…
Il ne semblait pas satisfait des réponses de Tranbar. Il se retourna et regarda un par un les clients de l'auberge. Ces derniers baissaient la tête et n'osaient affronter ce regard inquisiteur. Cyrielle ne put réprimer un frisson lorsque l'étranger l'observa à son tour.

"Toi, approche!"

C'est bien à elle que s'adressait l'homme. Cyrielle s'avança.

"N'es-tu pas trop jeune pour fréquenter cette auberge? La place d'une gamine n'est pas ici."

Le visage de Cyrielle s'empourpra sous l'effet de la colère et de la vexation.

"As-tu vu un inconnu, monté sur un cheval gris?"

Cyrielle déglutit avec peine et répondit par un "non" à peine audible. L'homme la toisa une dernière fois et s'adressa à ses sbires qui gardaient toujours les sorties de l'auberge :

"Partons, nous n'apprendrons rien ici. De toute façon, nous attendrons Angus au palais et il ne se doute pas de la petite surprise que je lui réserve."

A ces mots, ses acolytes rirent et sortirent enfin de l'auberge.

"Je n'aime pas ça, dit Tranbar. J'espère que Louzin et son fils seront prudents et qu'ils ne se jetteront pas la tête la première dans un traquenard."

Il fallait prévenir Louzin et l'aviser qu'ils étaient attendus au palais royal. Friss blessé n'étant d'aucun secours, Cyrielle décida de se charger de cette mission. Qu'avait dit Angus à Friss? Ah oui! Rendez-vous au cirque. L'intrépide jeune fille avait déjà entendu ce nom mais ne savait pas s'y rendre. Peu importe, elle demanderait son chemin. Elle ne savait pas non plus si c'était de savoir Louzin en danger ou le fait de revoir Angus qui la troublait à ce point...
Ah l'attrait de l'aventure, l'attrait de l'inconnu... L'attrait de l'Inconnu! Oui! C'est ça! Me voilà entichée du premier inconnu qui arrive au village! Grrr! Bon, d'abord ce n'est pas le premier. Louzin est arrivé avant lui et lui je le connais, je le respecte et je sais pourquoi! Elle avait encore les yeux plongés dans le noir de la nuit qui était tombée. Mon plan n'est pas parfait. Demander mon chemin dans une région où les villages sont si clairsemés... Voyons si je peux en tirer un peu plus du Nain.
Elle n'en tira guère plus la deuxième fois que la première même en évoquant les assassins. Friss avait tout juste grogné : "...faire quelque chose". Elle s'était proposée mais alors le Nain, bien qu'affaibli, s'était mis en colère. Brrreu! Pas menaçant ce nain, mais pas vraiment sympathique non plus. Pas vraiment celui que je choisirai comme meilleur ami.

Elle ne trouvait toujours pas son sommeil lorsque la pluie commença à se calmer. Un peu plus tard dans la nuit elle crut entendre rouler le tonnerre mais cela ne dura pas. Sa nervosité la réveilla à l'aube. Elle ne tenait pas en place, se sentant tellement inutile! Ses pieds repartirent vers l'auberge. Tranbar se levait toujours très tôt, même après les pires beuveries, et il était souvent de bon conseil. Elle le trouva près de l'écurie de l'auberge. Il fronça les sourcils en l'apercevant :

"Suis-je un si mauvais hôte pour qu'on quitte mon auberge, blessé, en plein milieu de la nuit, sans merci ni au revoir?"

Les yeux de Cyrielle coururent par terre et suivirent les traces de sabots qui piquaient vers le nord-est.
Elle courut chez elle, roula des vêtements et de la nourriture dans sa couverture et se dirigea droit vers l'écurie de l'Université. Quand elle traversa le village au trot elle ne ralentit pas l'allure en s'adressant à l'aubergiste :

"Je ne pars quelques jours. Préviens mes parents à leur retour des Foires..."

D'un petit coup ferme des talons elle intima à sa monture un trot plus soutenu. Elle ne pouvait pas trop forcer l'allure sans fatiguer son cheval ou perdre la piste qu'elle suivait. Elle n'avait parcouru qu'une lieue lorsque trois cavaliers fondirent sur elle. En quelques secondes, elle se retrouva à terre et saucissonnée comme le ballot attaché à sa selle.

Retour en haut de page Retour aux news du site


Heroes of might and magic 3, 4, 5, cartes, maps.
Optimisé pour une résolution de 1024x768 et plus | v1.0 © 2003 RoZ - Archangel Castle - Heroes of might and magic